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Simulation numérique en santé : vers une génération de médecins augmentés

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«  Du serious game au Google glass, comment la simulation numérique peut changer la pratique du médecin et la vie du patient ? » c’est le nom de la conférenceà laquelle LauMa a assisté hier matin. Organisée par Interaction Healthcare, elle a réuni de nombreux spécialistes de la simulation médicale pendant plus de 3 heures. Voici brièvement ce que nous en avons retenu !

La simulation numérique en santé s’inscrit au cœur de 2 mouvements : l’utilisation croissante des supports numériques par tous les acteurs de la santé (patients comme médecins) et la volonté de développer la formation professionnelle (notamment avec le DPC – Développement Professionnel Continu). La France est très en retard dans ce secteur, comparée à l’Amérique du Nord. Toutefois, elle est en passe de rattraper son retard, notamment grâce à l’arrivée de jeunes médecins, comme l’a souligné Grégory Cardot, responsable technique du centre Interprofessionnel de Simulation de Genève.

A ces deux mouvements s’ajoutent de nombreuses autres problématiques rencontrées actuellement par le secteur de la santé, à savoir l’augmentation de la sécurité des patients (qui est l’une des priorités majeures de la HAS) et la maîtrise des coûts. Pour ces raisons, l’enseignement, la formation et l’évaluation par simulation médicale sont des sujets particulièrement intéressants.

Lors de cette conférence, « jamais la première fois sur le patient » a été répété maintes fois. L’une des forces évidentes de la simulation est de permettre l’apprentissage par l’erreur aux professionnels de santé. « Répéter des procédures, multiplier les prises de décisions thérapeutiques, simuler les situations de stress sont autant d’objectifs pédagogiques majeurs auxquels la simulation numérique apporte une réponse innovante et pertinente »1. Deux moyens sont utilisés dans la simulation : le  mannequin, et les outils numériques. Concernant les mannequins, les formations sont peu répandues car elles sont chères (aux 50 000€ d’achat du mannequin, il faut ajouter la formation de l’instructeur ainsi que l’entretien et l’achat d’équipement nouveau pour le mannequin). Face à ces freins, la simulation numérique se développe de plus en plus. Ses atouts ? La mobilité (accessible facilement), le nombre illimité d’apprenants et l’illustration de situations complexes à l’infini.

La simulation numérique en santé tire parti des compétences liées aux jeux vidéos. De nombreux serious games sont développés pour créer des cas cliniques virtuels complexes, basés sur des cas patients réels. A été notamment présenté « Tri HCV » : un programme de formation des hépatologues pour la prise en charge du patient infecté par l’hépatite C. Stéphane Eiffer, responsable communication scientifique virologie chez Janssen, explique l’intérêt de ce programme : « 73% des médecins qui ont utilisé TRI HCV recommanderaient la formation. La clé du succès c’est la formation qui a pris le dessus sur l’aspect gadget. Tous les éléments du programme sont numérisés (examens, radiologie, bilan…). En voyant les vrais résultats (endoscopie, IRM avec un fibrome hépatique), les médecins entrent dans le jeu. L’avantage est de pouvoir se tromper sans risque, ce qui suscite des discussions. »

Aujourd’hui, aucune formation avec simulation n’est obligatoire pour les médecins. Les initiatives locales sont favorisées, comme à l’Université d’Angers où la simulation est pratiquée dans le cursus anesthésie-réanimation. Selon le Professeur Granry, Chef du pôle Anesthérie-Réanimation et médecine d’urgence du CHU d’Angers et co-rédacteur du rapport de la HAS sur la simulation en santé : 25% des évaluations des étudiants se feront par simulation dans 5 ans.

Lorsqu’est abordée la comparaison à l’aéronautique, où la simulation est essentielle et utilisée depuis de très nombreuses années, il est précisé que le pilote n’est jamais seul : lors du vol lui-même, il est accompagné par de nombreux simulateurs, contrairement au médecin qui lui est seul juge. Par ailleurs, une autre différence est notoire : un pilote qui fait une erreur est partie prenante de l’accident, contrairement au médecin.

Philippe Roy, délégué adjoint de Cap Digital, explique que ces dernières années, les projets en simulation numérique se sont multipliés (1 tiers des projets de l’entreprise portent aujourd’hui sur ces problématiques, alors qu’ils ne représentaient qu’1/10 de l’activité il y a 8 ans). « L’écosystème est en train de se constituer, et il est dynamique et innovant » explique-t-il.

Enfin,  la question du temps et de la chronophagie liée aux nouvelles technologies est abordée. Le professeur Granry témoigne à ce sujet : « En endoscopie digestive, un an en simulation numérique équivaut à une expérience de 3 à 4 ans en tant que praticien ». De même, l’apprentissage des sutures est largement facilitée grâce à la simulation.

Pour clore la conférence, Jérôme Leleu, Président d’Interaction Healthcare, a abordé les principales innovations récentes liées à la simulation médicale. Parmi elles, les Google glass qui ont permis à un chirurgien français de faire la démonstration de la pose d’une prothèse d’épaule à son homologue japonais (pays dans lequel la prothèse vient d’être homologuée) en direct ou encore l’impression 3D qui a permis de remplacer la boîte crânienne d’une jeune femme qui voyait la sienne s’épaissir jusqu’à comprimer son cerveau.

En conclusion, on retiendra le bon mot du Dr Wassim Badiou, chirurgien gynécologue obstétricien et coordinateur scientifique d’une plateforme training simulation : « le gouffre générationnel dont on parle est réel, mais il est temps de passer à la ‘génération des médecins augmentés’, c’est-à-dire formés via la simulation numérique ».

1- Dossier de presse fourni par Interaction Healthcare suite à la conférence

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